Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 23:31


           Le titre de l'article  vous rappelle un vieux film ?  -  qui pourra me donner le nom du film ?
                                                                     

enfant10-Abby.jpg                                                   Abby


               

          La « circulation d’enfants »  en Polynésie a toujours intrigué les voyageurs et
        A.T’Serstevens  en fait mention, lui aussi, dans son livre : image0-2-copie-6.jpg

 

 

Attention, ces écrits datent des années 1950 et 1971,   mais  « l’ esprit  fa’a’amu «   y est bien décrit… et reste pratiquement « inchangé »…de nos jours.  (enfin, il me semble).

p.157, chapitre 4.    L’adoption   

 

Cette étrange coutume polynésienne se nommait et devrait se nommer encore

Tavairaa, seul cas où l’idée d’adoption s’exprime par un substantif ; mais le terme n’est plus en usage, pas plus que le verbe  faatavai   pour   adopter.

 

Les Polynésiens l’appellent maintenant  fa’a’amu, c'est-à-dire  nourrir,  et nomment le père adoptif metua faaamu, père nourricier.

 

On ne sait trop quelle est l’origine de cette institution qui semble un défi aux lois naturelles. Il est possible qu’elle dérive d’un très vieil usage dont leP. Laval a trouvé des traces à Mangareva. On l’appelait dans cette île :  hakatunga, soit remplacement.

 

Lorsque les parents perdaient un enfant qui leur était particulièrement cher, ils se mettaient à la recherche d’un autre qui lui ressemblât, et l’adoptaient en lui donnant la place et tous les droits du petit mort.

On pourrait y voir une conséquence de la stérilité d’un grand nombre de femmes, provoquée par des rapports sexuels trop précoces. On se serait adressé  aux femmes fécondes pour se procurer une descendance qu’on ne pouvait avoir soi-même.

 

Dans les deux cas, la cession de l’adopté par les parents véritables aurait présenté de tels avantages que la chose serait entrée peu à peu dans les mœurs.

 

J’en ai dit quelques mots en parlant des enfants d’Orofara. Mais si la mère lépreuse est obligée de se séparer de son bébé, il n’en est pas de même dans la vie normale.

 

C’est de son plein gré que la mère indigène donne son enfant, dès la naissance, à celui qui veut l’adopter, et il ne s’agit pas, dans son esprit, d’un prêt temporaire mais d’un abandon définitif.  Elle pourra le revoir à l’occasion, mais il ne lui sera jamais rendu.

 Nous voyons donc la coutume aller à l’encontre d’un des instincts les plus primitifs, celui de l’amour maternel, et cela chez un peuple qui ne semble mû que par ses instincts.

N’importe quelle femelle animale ne cédera un de ses petits qu’à la contrainte ou à la ruse, et parmi les plus faibles on en verra s’opposer jusqu’à la mort à ce que’on leur en prenne un seul.

Une femme de chez nous préférerait sans doute ne jamais avoir un enfant que de s’en voir privée aussitôt après la naissance.

Pour la Polynésienne, la chose est si naturelle qu’il est peu de ménages féconds qui n’aient cédé au moins un de leurs enfants.

bouloc-1981.jpg

 

Une Tahitienne de Tahaa disait à Amandine :

-         On peut bien donner ses enfants à ceux qui vous en demandent mais il faut le faire quand ils sont tout petits bébés. Si on attend un an ou deux, on s’y attache et on ne peut plus s’en séparer.

.Ce dont, je l'ai dit, a un caractère définitif, il n'est pas dans la coutume de revenir là-dessus !

                           …/ …

 

La cession de l’enfant n’est nullement, comme on pourrait le croire, le fait de parents pauvres qui y voient un avantage pour leur petit. Elle se pratique à tous les degrés des classes sociales, et peut-être plus encore parmi les gens aisés.

aiu-2227.jpg

 

T….gros commerçant des marquises, délégué à l’Assemblée, a cédé deux ou trois de ses enfants et a eu beaucoup de mal à garder les autres.

Mme M… fille d’un Popaa et d’une tahitienne, riche bourgeoise très européanisée, femme d’une intelligence remarquable, mariée à un « demi » comme elle, a eu 8 enfants.

Elle a donné les  six premiers et n’a gardé le 7ème que parce qu’il était chétif, né avant terme. Elle a aussi gardé le 8ème, un garçon très bien venu. Elle nous raconte tout cela comme la chose la plus normale.

Or cette mère qui a laissé emporter presque tous ses enfants ne vit que pour les deux qui lui restent. Ils ne la quittent jamais, dorment auprès d’elle, et elle ne cesse de les caresser du matin au soir.

Les autres ont été adoptés par des ménages qui avaient déjà des enfants devenus grands, « par goût, nous dit-elle, des tout petits bébés ».

Elle partage ce goût, comme tous les Polynésiens, hommes et femmes.

Elle n’en a pas moins renoncé à six bébés, six bébés à elle, et les premiers. fillette-portrait-Michelle-Abby.jpg

…                                         Abby

Notre belle Rita, Tahitienne qui a toujours vécu avec des blancs (popaa)  a un fils de 20 ans. Elle vient d’adopter un bébé de 3 mois qui est l’enfant chéri de la maison, non seulement par elle, mais aussi par le grand fils, car il n’y a ni âge ni sexe qui n’ait la passion du tout petit enfant.

Il a été convenu entre la mère et le jeune homme que le nouveau venu aurait les mêmes droits que lui. Comme je dis à Rita que la loi française ne l’entend pas de cette oreille et n’admet que l’adoption légale, elle et son fils se donnent beaucoup de peine pour se mettre en règle avec le code.

…./…

Dans l’esprit des Polynésiens, cette coutume séculaire produit tous ses effets : l’enfant adopté à la manière indigène est assimilé à ses frères et sœurs « légitimes ».

Il n’en est pas ainsi dans la loi française en vigueur dans les îles, puisque tout Polynésien est citoyen français.

Quand s’ouvre une succession, l’adopté en est exclu.

Aussi n’est-il pas de subterfuge auquel un indigène instruit de la loi n’ait recours pour assurer sa part à l’adopté, et presque toujours les enfants « légitimes » sont d’accord avec leur père.

 

La coutume, que nous avons vue plus forte que l’instinct, est ici plus forte  que l’intérêt.

Elle est tellement enracinée dans l’esprit des Polynésiens, si fréquente et si universelle, qu’ils ne peuvent même pas concevoir qu’il en puisse être autrement ailleurs et qu’il existe au monde des gens qui ne consentiraient pas à céder leurs enfants.


vahine-attend-un-bebe--virg-pinaton.jpg


L…un ami Popaa en concubinage depuis de nombreuses années avec une Tahitienne, fait un voyage en France pour aller voir ses fils mariés et ses petits-enfants.

Sa vahiné, et la mère de celle-ci lui demandent, avant son départ, de leur ramener à chacune un bébé des fils français : elles l’adopteront aussitôt.

L… qui ne veut pas les contrarier, leur promet de s’en occuper.

Arrivé en France, il transmet fidèlement la requête à ses garçons et à ses brus. Ils n’y ont rien compris, ont tous refusé.

L..qui est humoriste, leur a dit que rien ne pressait, qu’il pouvait attendre jusqu’aux prochains nouveau-nés, que les bébés seraient soignés et gâtés à Tahiti comme ils ne pourraient jamais l’être chez eux.

Les parents ont failli se fâcher, pendant que le grand-père, devenu presque Tahitien, mijotait dans son jus.

 .../... S’il se trouve en France des gens qui aient envie de mioche terre cuite, sages comme des images et jolis comme des amours, ils n’ont qu’à s’adresser en Polynésie : on  leur en expédiera des corbeilles entières, et avec quel plaisir !

Quel  meilleur sort pour un petit Maori que d'être adopté ....
par des Popaa ?!

 Par contre, si des mères Françaises ont envie de se débarrasser de leurs bébés, on se les disputerait ici dès leur arrivée.  Pensez-donc ! des bébés blancs des bébés de Popaa ! ce qu’il y a de plus choisi et de plus adoré ! –…/…

magalie3--Michelle-Abby.jpg

                                    Abby


Cette coutume est si bien ancrée dans les mœurs des îles
qu’on voit des popaa s’y conformer.

Je déjeune, à Taravao, avec un français…un de ces gaillards qui ont su se faire une existence où on ne risque pas de s’embêter : après avoir servi dans l’armée des USA, à la frontière de la Sonora mexicaine, et avoir passé par quelques avatars aussi distrayant, il s’est établi à Tahiti où ses affaires ne cessent de prospérer. Il s’y est mis en ménage avec une femme de Rurutu qui lui a fait deux enfants.

Il y a sept ans, un ménage suédois, de ces hallucinés du Pacifique qui viennent ici crever de fatigue et de misère, pourvu de deux gosses blonds épuisés par la faim, en attendait un 3ème et l’avait promis à M.B…

 

-         Ah ! ils nous l’ont fait attendre me raconte-t-il. Pendant cinq mois la mère n’a pu se décider à le lâcher. Nous vivions ma femme et moi dans des transes continuelles. S’ils allaient revenir sur leur promesse, vous vous rendez compte ? , nous n’en dormions plus, et chaque jour je m’informais de mes Suédois.

Ils n’avaient même pas d’argent pour acheter du lait en boîte, ils nourrissaient le petit avec du jus de canne mélangé d’eau.  Je disais à ma femme « ils vont le laisser mourir ! » .

Elle voulait leur porter du lait ou de l’argent, mais dans ce cas nous n’aurions jamais eu le gosse, vous voyez ça ?
-         je vois…
-        
Enfin, ils ont compris. Le père nous a apporté le bébé.  Nous l’avons tellement nourri pour le retaper le pauvre mignon, qu’il en a fait une grosse maladie.
-        
Ma femme et moi nous veillions tour à tour prêts de son berceau.
           
Maintenant il a sept ans. Si vous saviez comme il est joli !     
           
 C’est bien sûr le préféré !
-        
les deux grands l’aiment autant que nous. Il a des cheveux tout blonds, comme de la soie, et des yeux bleus, vous ne pouvez pas savoir….

Il sourit dans l’extase ;  je lui demande :
-         et les Suéois ?
-        
Ils ont encore tenu un bout de temps, puis la femme est morte. Lui, a laissé ses deux autres gosses à tes Tahitiens qui les lui demandaient depuis longtemps, et il est parti aux Tuamotu pour cultiver une grande terre moitié-moitié.
-        
Il a pris une femme du pays et il en a déjà eu quatre enfants. Il m’écrit de temps en temps pour me demander des novuelles  « du nôtre » . Ce n’est pas un mauvais garçon.

 

Il y a, paraît-il, des écrivains qui cherchent des sujets de roman… Duday-depeche.jpg                           Duday


Allez, Google a trouvé pour moi :  "comme c'est bizarre" !
un vrai régal que ce film "drôle de drame" avec Louis Jouvet et Michel Simon  :

 




Par Maimiti - Publié dans : Adoption "faaamu"
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Commentaires

magnifiques photos tres belle histoire!!

Luna

Commentaire n°1 posté par luna le 14/11/2011 à 11h32

C'est un vrai enrichissement de voir que sur des sujets aussi fondamentaux, il existe des cultures aussi différentes !
Merci Melly de nous raconter si bien et sans jugement de valeur ces différences  

Commentaire n°2 posté par kéline le 13/11/2011 à 20h48

ton commentaire ... me fait du bien !  merci -

Réponse de Maimiti le 13/11/2011 à 20h57
C'est vraiment une attitude mentale très différente. Je ne porte aucun jugement de valeur positive ou négative.Est- ce que l'origine n' en serait pas pour enrayer la consanguinité ?Car, apparemment cette habitude est vieille comme le monde ... Bon dimanche :)
Commentaire n°3 posté par Clo le 11/11/2007 à 19h15
Merci pour le com ! Mon article était sur l'automne ! A des milliers de Kms de ton blog ensoleillé ! Je mets un lien, le tien contient tellement de belles photos et de beaux dessins.
Commentaire n°4 posté par Serge le 01/11/2007 à 07h49
toujours passionnants tes articles ! et la vidéo...super de retrouver ces vieux films !
Commentaire n°5 posté par Noëlle le 29/10/2007 à 17h59
Lulu, à bientôt !
Commentaire n°6 posté par Melly le 27/10/2007 à 13h42
Céline : mais voilà il existe, et je n'invente rien !!! hi hi hi
Commentaire n°7 posté par Melly le 27/10/2007 à 13h41
hello, je viens de découvrir ton blog. Très interressant cet article sur l'adoption; autres cieux autres coutumes au plaisir de te lire à nouveau lulu53
Commentaire n°8 posté par lulu53 le 27/10/2007 à 09h49
Melly, c'est passionant! Si ton blog n'existait pas, il faudrait l'inviter! Céline
Commentaire n°9 posté par celvibo le 27/10/2007 à 08h35
ma chère Melly... j'ai enfin réussi à voir la vidéo Bizarre bizarre... Louis Jouvet et Michel Simon, c'es absolument génial... On ne s'en lasse jamais ! bises amicales jean-marie
Commentaire n°10 posté par jean-marie le 27/10/2007 à 01h01
Jean-Marie , déroutant ...c'est vrai que parfois on a l'impression que "ça tient pas la route", et pourtant...
Commentaire n°11 posté par Melly le 27/10/2007 à 00h37
Laudith, Tu seras la plus belle pour aller danser ! amuse toi bien
Commentaire n°12 posté par Melly le 27/10/2007 à 00h36
J'aime le canal St Martin à Paris où a été tourné ce film, c'est un endroit bien agréable Melly. Encore un post très intéressant que celui-ci. Je te souhaite un agréable week-end. Ce soir je vais danser, bisousss
Commentaire n°13 posté par Laudith le 26/10/2007 à 21h43
le site bloque ? -j'ai mis un com' mais sais pas si passé ! en tout cas je disais "autres pays autres coutumes !
Commentaire n°14 posté par Joël le 26/10/2007 à 17h49
Arrêtes de mettres des romans, car je vais finir par partir en chercher un autre, c'est tellement beau, écrit de cette façon, mais je serais comme les polynésiens, j'aurais tendance à les préférer bébés !!!!!!!!!!!!!!!!
Commentaire n°15 posté par evonoedomi le 26/10/2007 à 15h17
très intéressantes ces pages... C'est tellement déroutant ! bise amicale jean-marie
Commentaire n°16 posté par jean-marie le 26/10/2007 à 01h00

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