Suite à un article sur l'adoption par Patrick Sébastien à Tahiti d'un bébémi-Sept dernier,
Le magazine CLOSERcherchait un témoignage d'une famille ayant
adopté en Polynésie ;
Tant qu'à parler du"fa'a'amu"... autant ne pas laisser n'importe qui dire n'importe quoi sur
cette forme d'adoption particulière ; j'ai donc choisi de
témoigner.
Ce fut une belle rencontre avec la journaliste de Closer, très à l'écoute,
diplomate et respectueuse
des explications données....
Ambre et moi, nous nous sommes délectées à jouer les starlettes pour une
séance photos,
avec un photographe professionnel fort sympathique ; ....impresionnant
matériel !
Alors, courrez acheter Closer
cette semaine,....
ma "fameuse
famille" et moi.... on l'vaut bien !!
(nan...j'ai pas de pourcentage sur les ventes !!! ...hi
hi !)
Lolo, si tu nous lis, tu voudrais bien faire "un détournement" de couverture
comme tu sais si bien les faire ? - d'ailleurs sur la couv' du Closer, cette
semaine, y'a tout juste la place de rajouter un encart avec ma photo ci-dessus
à la place du people qui fait "des récalamations"..../... ! -- fastoche !
Mais Nan..., Céline, ma GJ (gentille journaliste) ne nous fera pas ...de procès :
c'est juste pour usage personnel (de la rigolade) et ne sera pas diffusé ;
comme la belle couv' GALA que tu avais faite pour le mariage d'Ambre :
Petite déjà elle faisait "les Planches" (Deauville) ! Casquette de
l'équipe de F1- H.H.Frentzen svp !
Quel chameau !
préparation soirée marocaine Club Med !
Un indien dans la ville, elle...?
Un Chef moustachu !
Même posé nue pour "Play Babe" !!
Mais,
ne le dites à personne ! Elle joue
les Sherlok Holmes !
Le titre de l'article vous rappelle un vieux film ? - qui pourra me donner le nom du film ?
Abby
La « circulation d’enfants » en Polynésie a toujours intrigué les voyageurs et A.T’Serstevens en fait mention,
lui aussi, dans son livre :
Attention, ces écrits datent des années 1950 et 1971, mais « l’ esprit fa’a’amu « y est bien décrit… et reste pratiquement « inchangé »…de nos jours. (enfin, il me
semble).
p.157, chapitre 4.L’adoption
Cette étrangecoutume polynésienne se nommait et devrait se nommer encore
Tavairaa, seul cas où l’idée d’adoption s’exprime par un substantif ; mais le terme n’est plus en usage, pas plus que le
verbefaatavai pour adopter.
Les Polynésiens l’appellent maintenantfa’a’amu, c'est-à-direnourrir, et nomment le père adoptif metua faaamu, père nourricier.
On ne sait trop quelle est l’origine de cette institution qui semble un défi aux lois naturelles. Il est possible qu’elle dérive d’un très vieil usage dont leP. Laval a trouvé des
traces à Mangareva. On l’appelait dans cette île : hakatunga,soit remplacement.
Lorsque les parents perdaient un enfant qui leur était particulièrement cher, ils se mettaient à la recherche d’un autre qui lui ressemblât, et l’adoptaient en lui donnant la place et
tous les droits du petit mort.
On pourrait y voir une conséquence de la stérilité d’un grand nombre de femmes, provoquée par des rapports sexuels trop précoces. On se serait adressé aux femmes fécondes pour se
procurer une descendance qu’on ne pouvait avoir soi-même.
Dans les deux cas, la cession de l’adopté par les parents véritables aurait présenté de tels avantages que la chose serait entrée peu à peu dans les mœurs.
J’en ai dit quelques mots en parlant des enfants d’Orofara. Mais si la mère lépreuse est obligée de se séparer de son bébé, il n’en est pas de même dans la vie normale.
C’est de son plein gré que la mère indigène donne son enfant, dès la naissance, à celui qui veut l’adopter, et il ne s’agit pas, dans son
esprit, d’un prêt temporaire mais d’un abandon définitif.Elle pourra le revoir à l’occasion, mais il ne lui sera jamais rendu.
Nous voyons donc la coutume aller à l’encontre d’un des instincts les plus primitifs, celui de l’amour maternel, et cela chez un peuple qui ne
semble mû que par ses instincts.
N’importe quelle femelle animale ne cédera un de ses petits qu’à la contrainte ou à la ruse, et parmi les plus faibles on en verra s’opposer jusqu’à la mort à ce que’on leur en prenne
un seul.
Une femme de chez nous préférerait sans doute ne jamais avoir un enfant que de s’en voir privée aussitôt après la naissance.
Pour la Polynésienne, la chose est si naturelle qu’il est peu de ménages féconds qui n’aient cédé au moins un de leurs enfants.
Une Tahitienne de Tahaa disait à Amandine :
-On peut bien donner ses enfants à ceux qui vous en demandent mais il faut le faire quand ils sont tout petits bébés. Si on attend un an ou deux, on s’y
attache et on ne peut plus s’en séparer.
.Ce dont, je l'ai dit, a un caractère définitif, il n'est pas dans la coutume de revenir là-dessus
!
…/ …
La cession de l’enfant n’est nullement, comme on pourrait le croire, le fait de parents pauvres qui y voient un avantage pour leur petit. Elle se pratique
à tous les degrés des classes sociales, et peut-être plus encore parmi les gens aisés.
T….gros commerçant des marquises, délégué à l’Assemblée, a cédé deux ou trois de ses enfants et a eu beaucoup de mal à garder les autres.
Mme M… fille d’un Popaa et d’une tahitienne, riche bourgeoise très européanisée, femme d’une intelligence remarquable, mariée à un « demi » comme elle, a eu 8
enfants.
Elle a donné les six premiers et n’a gardé le 7ème que parce qu’il était chétif, né avant terme. Elle a aussi gardé le 8ème, un garçon
très bien venu. Elle nous raconte tout cela comme la chose la plus normale.
Or cette mère qui a laissé emporter presque tous ses enfants ne vit que pour les deux qui lui restent. Ils ne la quittent jamais, dorment auprès d’elle, et elle ne cesse de les caresser
du matin au soir.
Les autres ont été adoptés par des ménages qui avaient déjà des enfants devenus grands, « par goût, nous dit-elle, des tout petits bébés ».
Elle partage ce goût, comme tous les Polynésiens, hommes et femmes.
Elle n’en a pas moins renoncé à six bébés, six bébés à elle, et les premiers.
…
Abby
Notre belle Rita, Tahitienne qui a toujours vécu avec des blancs (popaa) a un fils de 20 ans. Elle vient d’adopter un bébé de 3 mois qui est l’enfant chéri
de la maison, non seulement par elle, mais aussi par le grand fils, car il n’y a ni âge ni sexe qui n’ait la passion du tout petit enfant.
Il a été convenu entre la mère et le jeune homme que le nouveau venu aurait les mêmes droits que lui. Comme je dis à Rita que la loi française ne l’entend pas de cette oreille et
n’admet que l’adoption légale, elle et son fils se donnent beaucoup de peine pour se mettre en règle avec le code.
…./…
Dans l’esprit des Polynésiens, cette coutume séculaire produit tous ses effets : l’enfant adopté à la manière indigène est assimilé à ses frères et sœurs
« légitimes ».
Il n’en est pas ainsi dans la loi française en vigueur dans les îles, puisque tout Polynésien est citoyen français.
Quand s’ouvre une succession, l’adopté en est exclu.
Aussi n’est-il pas de subterfuge auquel un indigène instruit de la loi n’ait recours pour assurer sa part à l’adopté, et presque toujours les enfants « légitimes » sont
d’accord avec leur père.
La coutume, que nous avons vue plus forte que l’instinct, est ici plus forte que
l’intérêt.
Elle est tellement enracinée dans l’esprit des Polynésiens, si fréquente et si universelle, qu’ils ne peuvent même pas concevoir
qu’il en puisse être autrement ailleurs et qu’il existe au monde des gens qui ne consentiraient pas à céder leurs enfants.
L…un ami Popaa en concubinage depuis de nombreuses années avec une Tahitienne, fait un voyage en France pour aller voir ses fils mariés et ses
petits-enfants.
Sa vahiné, et la mère de celle-ci lui demandent, avant son départ, de leur ramener à chacune un bébé des fils français : elles l’adopteront aussitôt.
L… qui ne veut pas les contrarier, leur promet de s’en occuper.
Arrivé en France, il transmet fidèlement la requête à ses garçons et à ses brus. Ils n’y ont rien compris, ont tous refusé.
L..qui est humoriste, leur a dit que rien ne pressait, qu’il pouvait attendre jusqu’aux prochains nouveau-nés, que les bébés seraient soignés et gâtés à Tahiti comme ils ne pourraient
jamais l’être chez eux.
Les parents ont failli se fâcher, pendant que le grand-père, devenu presque Tahitien, mijotait dans son jus.
.../... S’il se trouve en France des gens qui aient envie de mioche terre cuite, sages comme des images et jolis comme des amours, ils n’ont
qu’à s’adresser en Polynésie : on leur en expédiera des corbeilles entières, et avec quel plaisir !
Quel meilleur sort pour un petit Maori que d'être adopté ....
par des Popaa ?!
Par contre, si des mères Françaises ont envie de se débarrasser de leurs bébés, on se les disputerait ici dès leur arrivée. Pensez-donc ! des bébés blancs des bébés de Popaa ! ce qu’il y a de plus choisi et de plus adoré ! –…/…
Abby
Cette coutume est si bien ancrée dans les mœurs des îles qu’on voit des popaa s’y conformer.
Je déjeune, à Taravao, avec un français…un de ces gaillards qui ont su se faire une existence où on ne risque pas de s’embêter : après avoir servi dans l’armée des USA, à la
frontière de la Sonora mexicaine, et avoir passé par quelques avatars aussi distrayant, il s’est établi à Tahiti où ses affaires ne cessent de prospérer. Il s’y est mis en ménage avec une femme
de Rurutu qui lui a fait deux enfants.
Il y a sept ans, un ménage suédois, de ces hallucinés du Pacifique qui viennent ici crever de fatigue et de misère, pourvu de deux gosses blonds épuisés par la faim, en attendait un
3ème et l’avait promis à M.B…
-Ah ! ils nous l’ont fait attendre me raconte-t-il. Pendant cinq mois la mère n’a pu se décider à le lâcher. Nous vivions ma femme et moi dans des
transes continuelles. S’ils allaient revenir sur leur promesse, vous vous rendez compte ? , nous n’en dormions plus, et chaque jour je m’informais de mes Suédois.
Ils n’avaient même pas d’argent pour acheter du lait en boîte, ils nourrissaient le petit avec du jus de canne mélangé d’eau. Je disais à ma femme « ils
vont le laisser mourir ! » .
Elle voulait leur porter du lait ou de l’argent, mais dans ce cas nous n’aurions jamais eu le gosse, vous voyez ça ? -je vois…
-Enfin, ils ont compris. Le père nous a apporté le bébé. Nous l’avons tellement nourri pour le retaper le pauvre mignon, qu’il en
a fait une grosse maladie. -Ma femme et moi nous veillions tour à tour prêts de son berceau. Maintenant il a sept ans. Si vous saviez comme il est joli ! C’est bien sûr le
préféré ! -les deux grands l’aiment autant que nous. Il a des cheveux tout blonds, comme de la soie, et des yeux bleus, vous ne pouvez pas savoir….
Il sourit dans l’extase ; je lui demande : -et les Suéois ? -Ils ont encore tenu un bout de temps, puis la femme est morte. Lui, a laissé ses deux autres gosses à tes Tahitiens qui les lui demandaient depuis
longtemps, et il est parti aux Tuamotu pour cultiver une grande terre moitié-moitié. -Il a pris une femme du pays et il en a déjà eu quatre enfants. Il m’écrit de temps en temps pour me demander des novuelles
« du nôtre » . Ce n’est pas un mauvais garçon.
Il y a, paraît-il, des écrivains qui cherchent des sujets de roman…
Duday
Allez, Google a trouvé pour moi : "comme c'est bizarre" !
un vrai régal que ce film "drôle de drame" avec Louis Jouvet et Michel Simon :
Un compliment si..."Net"...ça fait toujours plaisir !
C'est chouette de se "renvoyer la balle" ; .... pourvu qu'elle ne tombe pas
dans le Pacifique et ne soit pas avalée par les requins, les baleines, ou
les..tortues !!
Régalez vous... en cliquant ICI et en vous
ballandant dans les nombreux articles de ...Quick !
Maururu (Merci) - une "punchie
musico-vidéo" :
Pour avoir la vraie vidéo, même chant, cliquez sur la vignette à la fin de votre écoute, intitulée "arearea Fenua" , vignette à droite de la vahiné accroupie en blanc...passez le curseur sur chaque vignette, leur nom apparait..... SUPERBE vidéo originale de ce chant !
Mieux que je ne pourrais le faire, le grand voyageur A. T'SERSTEVENS a raconté la Polynésie
et les Polynésiens dans un livre qui a fait débat à
l'époque..car un peu "anti-mythe" au goût de
certains ; livre épuisé aujourd'hui. (parutions 1950 et 1971)
Si, bien sûr la Polynésie et les Polynésiens ont changé au fil des années, surtout depuis le
C..E. P. (centre expérimental de Polynésie) à Mururoa..../....
c'est avec délices que j'ai retrouvé dans ces pages (un pavé de 500 pages
!) certains aspects
découverts moi-même au fil de mes adoptions ....
Page 151 : châpitre : le Paradis des enfants :
Le paradis des enfants
Si le petit Poil-de-Carotte regrettait de ne pas être orphelin, tous les enfants du monde pourraient regretter de ne pas être nés dans les îles polynésiennes. Il n’est en
effet, pas possible de rêver de sort meilleur, du moins …dans les premières années.
L’annonce d’une grossesse, qu’elle qu’en soit l’origine, est accueillie comme une bénédiction,
non seulement par les parents, mais par tout l’entourage, jusq’aux plus lointains fetii (cousins), jusqu’aux plus obscurs voisins. On ne fait aucune différence entre l’enfant d’un couple
légitime ou solidement établi et celui d’une fille-mère, pour me servir du mot insultant que notre morale lui a donné.Loyau
D’où qu’il provienne, même d’une rencontre de hasard, le fruit que porte une femme est un enfant, cad une chose adorable devant laquelle toute la Polynésie demeure en extase. La phrase de
Diderot, qui n’étais pas vraie quand il l’a écrite, époque où l’infanticide avait ses lois d’organisation, l’est devenue aujourd’hui : à Otaïti, la naissance
d’un enfant est toujours un bonheur.
Il n’est pas né que tout le monde se le dispute, et les parents ont parfois grand-peine à le garder pour eux. On s’inscrit par ordre de préférence, pour celui-là et pour ceux à venir. Vingt
fois, des femmes indigènes, même chargées d’enfants, ont dit à Amandine (femme de l’auteur) :
-si tu as un bébé, ne le donne pas à une autre qu’à moi !
Une fille enceinte peut bien être abandonnée ou ne savoir au juste qui est le père, elle ne rencontrera aucune réprobation, même de la part des parents les plus sévères, et son rejeton
sera sûr d’être choyé autant que les autres : c’est un enfant, cela suffit ; il a droit, de ce seule fait, à toutes les tendresses, à toutes les gâteries. J’ai entendu quelquefois
rechigner non contre la naissance prochaine mais contre les préparatifs qu’elle réclame. La mère de la petite Atora qu’un mécanicien de passage a laissée grosse se plaint auprès
d’Amandine :
-il va falloir travailler à faire une layette… dessin Amandine, compagne A.T'Serstevens
La plupart des Blancs (nommés « popaa ») se désintéressent de ces petits métis un peu
hasardeux, mais le père indigène se dérobe rarement, séduit par l’idée d’avoir un bébé à caresser.
Me de M. a plaidé un curieux procès, curieux pour nos mœurs mais nullement pour celles d’ici. Une fille de Papeete avait mis au monde un garçon.
Dans les trois îles différentes, Tahiti, Moorea et Makatea, un homme se présente à la mairie et déclare reconnaître l’enfant. Chacun des trois, en apprenant la reconnaissance des deux autres,
maintient ses droits à la paternité. Ils soumettent le différend au tribunal.
Il a fallu pour le trancher tenir compte du temps que la nouvelle avait mis à parvenir dans les îles et du plus ou moins de hâte que les intéressés avaient mise à se présenter à l’état civil.
Ils ont produit lettres et télégrammes, car la mère avait pris soin de faire avertir les trois pères éventuels. Par un savant calcul de dates, d’heures et même
de minutes, on a donné raison …au plus pressé.
Cette course à la paternité me semble remplie d’enseignements. La fidélité de la femme n’a pas été mise en cause. Il y avait un enfant. Chacun voulait l’avoir pour lui. Qu’il n’y fut pour
rien (2 chances sur 3) peu lui importait.
Makhno
J’ai bien remarqué bien souvent que le père polynésien n’aime pas son enfant, ou du moins celui que lui a donné sa femme, avec l’amour-propre un peu ridicule du monsieur de chez nous qui est
extrêmement fier d’avoir confectionné un moutard : au moins le croit-il.
Le Polynésien chérit l’enfant pour l’enfant lui-même, eût-il des marques d’une production étrangère, le teint d’un Blanc (Popaa) ou les yeux bridés d’un Chinois.
Un exemple marquant : celui de Puyaka à Hiva-Oa, et celui d’un indigène de Pora pora, titulaire de trois gosses inconstestablement américains. Ces petits adultérins sont aussi choyés que les autres, et même plus, surtout quand ils proviennent d’un Blanc, d'un popaa.
Par une étrange contradiction de la mentalité polynésienne, l’homme des îles, qui n’aime pas le Blanc, qui tout au plus le respecte et le craint, préfère à tous les autres les
enfants que lui a fabriqué un Popaa.
L’ardent amour qu’ils vouent aux tout-petits depuis la naissance jusqu’aux 4 ou 5 ans, est une forme de leur attachement à tout ce qui est jeune, à tout ce qui est nouveau, et par là une
marque de la versatilité de leur caractères.
Ils n’aiment les bêtes qui les entourent que lorsqu’elles sont encore poupardes. Il est rare qu’ils se débarrassent d’une portée, aussi leurs cases sont-elles toujours encombrées de chiots et
de chatons. Ils s’en amusent aussi longtemps qu’ils sont petits, puis ils s’en désintéressent : on ne se donne même plus la peine de les nourrir ; en revanche, pierres et coups de
pied leur sont distribués en abondance. Le filaire, heureusement , ne leur donne pas le temps d’arriver à la vieillesse.
Le bébé est pour les indigènes une poupée vivante dont ils ne se lassent jamais de se divertir. Il passe de main en main, et
toute la famille, des plus jeunes aux plus grands, s’en amuse pendant des heures entières. Il n’est pas question pour une fillette de jouer à la poupée : en en a toujours à son plaisir,
bien en chair et les plus jolies du monde.
De génération en génération il n’est nullement nécessaire d’en acheter au bazar. On a à peine cessé d’être une poupée soi-même qu’on en met une au monde.
Sitôt l’enfant venu à la lumière, on lui noue le nombril avec un bout d’écorce de purau, on le lave à l’eau froide, celle d’ici, cad presque tiède, on le frictionne à l’huile de coco et on le
couche sur une natte, enveloppé dans une couverture de coton, la tête appuyée sur un oreiller minuscule. Ni langes ni berceau. Ce dernier article ne lui servirait que la nuit : il passera
toute la journée dans les bras ou sur les genoux de quelqu’un. Il accompagner la famille au temple, aux festins, dans les réunions de chant ou de danse, dans les fêtes et les promenades, dans
les navigations les plus dangereuses.
Il se trouvera toujours quelqu’un parent ou inconnu, pour en débarrasser la mère, s’il en est besoin et jouer avec lui.
Il nous est arrivé, à bord des goélettes, pendant une traversée de plusieurs jours, de ne pouvoir déterminer à quelle femme appartenait un bébé : des passagers aux matelots, tout le bateau
s’en occupait tour à tour, sans doute aussi la maman, mais rien ne permettait de la reconnaître.
Ce sont les plus délicieux mioches qu’on puisse rêver, les plus ravissants et les plus sages. J’en fais l’éloge dans un autre
chapitre, et je les propose en exemple à nos odieux marmots européens. J’en ai eu dans mon voisinage pendant plusieurs mois, et je ne le ai jamais entendu pleurer.
Où qu’ils soient, ils sont à la fête, assez contents qu’on les tripote. Ils n’en sont pas en peine, et c’est peut-être là le secret de leur silence.
On ne les embrasse jamais, la mère pas plus que les autres, on les renifle, on les respire.
En tahitien, « hoi », en marquisien « honi », le même mot veut dire à la fois embrasser et sentir (odorat).
C'est un geste d'une étrange grâce animale que celui d'une maman Polynésienne qui flaire son bébé.
A mesure qu'ils grandissent, on les abandonne à eux-mêmes pour s'attacher aux nouveaux-venus.
Les alentours de la case, toute la nature ensuite, la mer et la brousse, deviennent leur terrain de jeu. Ce dernier mot n’ pas le sens que nous lui donnons et qui comporte une certaine
imagination créatrice.
L’enfant polynésien, sauf celui de la banlieu de Papeete, n’a ni jeux ni jouets. Il s’amuse uniquement à imiter les gestes des adultes et fait ainsi l’apprentissage de son métier d’homme.
A sept ans, il en sait presque autant que son père et pourrait se tirer d’embarras en n’importe quelle circonstance.
Nous avons fait de longues promenades dans les îles en compagnie de gosses de cet âge et même moins : garçons et filles connaissaient tous les secrets de la forêt et du lagon, tout ce qui
se mange ou peut être utile à quelque chose. Rien qu’à les voir faire, ils m’en ont appris plus que ne l’ont fait les grandes personnes.
Il est des régions, par exemple aux Tuamotu, où on les fait durement travailler dès qu’ils en sont capables. La paresse des père et mère y trouve son compte. Pour eux, les enfants
représentent un capital ouvrier. Leur attachement anima ne va qu’aux tout-petits.
Les autres, quel que soit leur âge, font à peu près tout ce qu’ils veulent. On ne les contrariejamais. Ce n’est ni bon sens, ni tendresse, mais….nonchalance.
Michelle Abby
On ne s’en occupe pas plus pour les divertir. Je n’ai pas une seule fois vu un père ni une mère jouer avec leurs enfants. On leur taille bien une petite pirogue ou un harpon à leur taille, mais
on les laisse se débrouiller sur la manière de s’en servir.
Ils s’en tirent ainsi beaucoup plus vite que si l’on s’ingéniait à le leur expliquer. Leur existence indépendante développe rapidement leur intelligence et leur initiative.
A douze ans ils n’ont plus rien à apprendre, même sur les choses sexuelles ; leur éducation ….s’arrête avec la puberté.
ça va essayer
de tirer de début ce semaine dans la bonne humeur ! vous avez de la bonne musique dans ma playlist à gauche de l'écran...La Tortue est l'emblème de Tahiti .....