Dimanche 27 novembre 2011
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Rediff'
Non non ce n'est pas une nouvelle chanson de Jacques Brel
!!
ce sont de vrais oignons dont je vais vous parler : ceux de Roscoff ,
petite ville bretone du Finistère où je suis allée faire un petit tour ces derniers jours !
Je vous emmène au Musée des Johnnies !
Pour lire plus gros : Ctrl +
Issu d’une graine rapportée du Portugal dans la région de Roscoff par un moine au milieu du 17ème siècle, l’oignon est d’abord cultivé dans les jardins
privés. Sa culture se développe, car l’oignon, reconnu pour ses qualités de conservation naturelle et sa richesse en vitamine C, constitue l’aliment de base pour les marins qui naviguent
plusieurs semaines, voire plusieurs mois sans escale. L’oignon permet de lutter contre le scorbut.
Roscoff est alors un grand port commercial qui exporte principalement le sel et les toiles de lin vers l’Angleterre.
Le marché de l’oignon est assuré tant que le commerce maritime est florissant. Au 18ème, les conditions économiques changent. L’activité maritime décline, le
commerce du sel et du lin n’existe pratiquement plus. Les producteurs d’oignons doivent chercher de nouveaux débouchés.
L’histoire des marchands d’oignons de Roscoff, appelés les « Johnnies »
(petit Jean) commence en 1828 avec Henri Olivier, cultivateur de Roscoff, qui décide de charger une gabare d’oignons et de traverser la Manche pour les vendre. L’initiative de ce cultivateur va
se couronner de succès et c’est le début d’une formidable épopée qui mènera plusieurs centaines de Léonards ( habitants du Léon, région de Bretagne) sur les
routes britanniques.
L’oignon rosé de Roscoff, léger et parfumé et est très apprécié des mineurs du pays de Galles, des paysans d’Écosse et des dockers de Londres. La
Grande-Bretagne est grosse consommatrice d’oignons mais en produit peu. Le Léon en revanche, grâce à son micro-climat et à la richesse de son sol, produit un oignon de qualité
.
D’abord à pied puis en vélo, les Roscovites, mais aussi les Santecois, les Cléderois, etc. sillonnent les rues anglaises, galloises, écossaises, chargés de
chapelets d’oignons.
En 1929, ils seront plus de 1500 à faire du "porte à porte", bredouillant quelques mots d’anglais, usant de mille astuces pour vendre leurs oignons.
« Onions, do you want onions ? », ce sont les premiers mots d’anglais qu’ils apprennent.
Cette immigration saisonnière a joué un rôle dans l’évolution de la culture et de l’économie locale. Tous les ouvriers agricoles qui travaillent en été dans
les fermes du Léon trouvent ainsi une activité complémentaire en hiver. Les Johnnies quittent Roscoff fin juillet, début août, dès que les oignons sont mûrs. Ils restent parfois jusqu’à 6 mois en
Grande-Bretagne, vivant souvent dans des conditions misérables.
Ils aménagent sommairement les hangars dans lesquels sont stockés les oignons et improvisent cuisine et chambrées. Certains dorment directement sur les
oignons.
En 1930, le trafic est tel que la construction d’un nouveau quai dans le port de Roscoff s’avère nécessaire. Cependant après la seconde guerre mondiale,
l’activité décline sérieusement.
La concurrence se développe et peu de jeunes veulent prendre le relais de leurs aînés. Les conditions de travail sont trop pénibles.
L’histoire des Johnnies et de l’oignon de Roscoff aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur une poignée d’agriculteurs qui au début des années 90
se passionnent pour l’oignon rosé et tentent de
concurrencer les productions intensives de l’oignon jaune en cultivant l’oignon de façon traditionnelle. Observant cahier
des charges très stricte ; ils proposent sur le marché un oignon haut de gamme,
« l’oignon rosé de
Roscoff ».
Regroupés en syndicat de défense, les producteurs se mobilisent et obtiennent l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC).
On ne dit plus "oignons rosé de Roscoff" (il existe d'autres oignons rosés...et cela porte à confusion) mais "oignon de Roscoff" tout simplement !
L’activité des Johnnies ne s’est pas éteinte car, on compte encore aujourd’hui une vingtaine de Johnnies qui vendent leurs oignons de l’autre côté de la
Manche.
Les jeunes ont pris le relais ; ils ne pratiquent plus le porte à porte...
... ils utilisent Internet !
Quelques photos prises à la Maison des Johnnies :